Les 7 Soleils

"Et puis, pensez donc : Saint-Nazaire, le port, les quais, l’océan, le vent du large, les embruns qui vous fouettent le visage..."
Archibald Haddock - Les 7 Boules de Cristal

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Des lectures pour ne pas perdre le (tintino)fil...

mardi 8 décembre 2020

Situation sanitaire oblige, il faudra encore patienter pour retrouver l’ambiance chaleureuse et joyeusement spéculative qui anime nos rencontres autour de l’oeuvre de Hergé.
Aussi, afin de ne pas perdre le (tintino)fil, voici quelques propositions de lectures d’ouvrages parus ces derniers temps.

Hergé, Tintin et les Américains. Philippe Goddin

Après Hergé, Tintin et les Soviets, parue en 2016, et Les tribulations de Tintin au Congo (2018), Philippe Goddin sort une nouvelle monographie : Hergé, Tintin et les Américains (éditions Moulinsart).

Chronologie oblige : publié en 1932, Tintin en Amérique a été la troisième aventure du jeune reporter. Et cette monographie arrive à un moment où les élections présidentielles aux USA, et la transition rugueuse qui s’ensuit, occupent grandement l’actualité.

Après le succès des Soviets, publié en 1929, Hergé aurait voulu envoyer son héros en Amérique. Mais l’abbé Wallez, le directeur du XXe Siècle, le quotidien belge dans lequel paraît les aventures de Tintin, lui a imposé un détour par le Congo.

La première planche des Aventures de Tintin reporter à Chicago paraît le 3 septembre 1931 dans le n° 36 du Petit Vingtième, supplément hebdomadaire pour la jeunesse du quotidien. Le titre change avec le n° 50 pour devenir Les Aventures de Tintin en Amérique.

L’Amérique pour Hergé, c’est d’abord la fascination pour les Indiens qu’il connaît d’abord au seine la troupe scout d’Ixelles. La commune est le berceau du scoutisme neutre belge qui cultive le peau-rougisme. Le jeune Georges Remi continuera de cultiver cette passion lorsqu’il rejoindra les scouts catholiques lors de son entrée au collège Saint-Boniface.

Dans cette nouvelle aventure, les Peaux-rouges n’occupent cependant que quelques pages. De fait, l’album va surtout refléter la vision de l’Amérique partagée dans le milieu où évolue Hergé, celle d’un pays corrompu, raciste, où cohabitent en plus ou moins bonne entente gangsters et ploutocrates. « J’ai raté mon Tintin en Amérique » confiera Hergé qui, au début des années soixante, envisagera d’envoyer à nouveau Tintin outre-Atlantique, avant d’opter finalement pour le Tibet.

Cette relation entre Hergé et l’Amérique restera vivace. Son intérêt pour les Peaux-Rouges se concrétisera au cours d’un voyage aux USA, en 1972, avec la rencontre de descendants d’indiens, rencontre facilitée par une lettre d’introduction du Père Gall, ce moine singulier, Sioux d’adoption, dont Hergé avait fait la connaissance en 1948. Au cours de cette même année 1972, Hergé rencontrera d’Andy Warhol qui réalisera son portrait.

A fil de ces monographies, explique Philippe Goddin, « ce sont les aventures de Hergé que je raconte à travers diverses périodes ». Passionnantes aventures...

Les Cahiers de la BD. Hergé démasqué

C’est également à Hergé que s’intéresse le hors-série des Cahiers de la BD paru en août, un Hergé « démasqué ». Le cahier découpe la vie du créateur de Tintin en trois parties : l’Ascension, qui couvre l’avant-guerre et l’après-guerre, la Pression sur l’immédiat après-guerre, et la Dépression ou les années de rupture (1960-1980).

Le tout est argumenté par des interviews, entre autres, de Pierre Assouline, Numa Sadoul, Benoît Peeters et Benoît Mouchard, et la production de documents rares ou peu connus.

Petit éloge de Tintin. Jacques Langlois

Jacques Langlois a 10 ans quand il envoie à Hergé ses dessins reprenant les personnages des aventures de Tintin. L’accueil de Hergé est des plus chaleureux ; s’ensuit une correspondance qui durera plus de vingt ans, marquée par des rencontres avec Hergé à Bruxelles.

Dans son Petit éloge de Tintin ( Editions François ), Jacques Langlois rend un hommage très personnel au héros et à son créateur, saupoudrant de nombreux souvenirs sa relecture des albums.

Jacques Langlois est conseiller éditorial et coauteur des hors-série Historia sur Tintin et membre du comité de rédaction de la revue des Amis de Hergé.

Les coulisses d’Hergé. Patrick Mérand

Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur l’oeuvre de Hergé, Patrick Mérand dresse dans Les coulisses d’Hergé (Editions Sépia) un inventaire des sources documentaires à partir desquelles Hergé a imaginé les aventures de Tintin.

Le cinéma de Shanghai existait-il à l’époque du Lotus bleu ? Quel événement historique a inspiré Le Sceptre d’Ottokar  ? Où se trouve le vrai village de Moulinsart ? Et que dire de la présence des chatières dans les aventures de Tintin ? Et comment est l’intérieur de la maison d’hôtes où séjourna Bob de Moore dans le Sussex et qui lui servit de modèle pour la maison du docteur Müller dans la dernière version de L’Île noire ?

Plus de huit cents illustrations renvoient aux vignettes des albums.

Archibald le Marin. Yvon Thalamer

Le capitaine Haddock est, on le sait, le personnage préféré des lecteurs des aventures de Tintin. Une boîte de crabe dénichée par Milou dans une poubelle conduit le reporter à bord du Karaboudjan. Tintin exfiltre le capitaine du cargo maudit où il est réduit à l’état d’épave alcoolique.

L’album Le Crabe aux Pinces d’Or scelle les débuts d’une grande amitié. Tintin et Haddock deviendront inséparables. Au fil de leurs aventures communes, Hergé révélera avec finesse la tumultueuse psychologie de Haddock et mettra à jour son ascendance aristocratique.

Mais, sans l’ouvrage d’Yvon Thalamer (Editions Sépia), on resterait ignorant de ce que fut la vie du capitaine avant sa rencontre avec Tintin. Grand connaisseur de la mer et de l’histoire maritime, Y. Thalamer nous en apprend beaucoup sur le passé d’Archibald Haddock, qu’il s’agisse, entre autres, de ses implications aux côtés de la Royal Navy en 1914 contre la marine impériale allemande, ou encore à l’époque de la prohibition...

Un bel exemple de spéculation jubilatoire.

Riad Sattouf. 100 dessins pour la liberté de la presse

Quel rapport entre Ester et Tintin ? Réponse : leurs créateurs.
Ester est un des personnages imaginés par Riad Sattouf : une petite fille, positive et dynamique, âgé de 10 ans en 2016 au moment des premières bandes publiés par L’Obs et dont, de planche en planche, il dessine l’évolution.

Sattouf est en particulier connu pour son roman graphique L’Arabe du futur dont le 5e tome vient de sortir. Né d’une mère bretonne et d’un père syrien, il a partagé son enfance et sa pré-adolescence entre ces deux mondes qu’il décrit avec finesse dans cette autobiographie dessinée.

Au cinéma, il a réalisé Les Beaux Gosses (2009), le film qui a révélé Vincent Lacoste, et Jacky au Royaume des Filles (2014).

L’oeuvre de Riad Sattouf est au coeur de l’album RSF pour la liberté de la presse qui vient de paraître en soutien au combat mené par Reporter sans Frontières pour défendre la liberté d’information partout dans le monde. Un combat que partagerait Tintin.

L’album dévoile des dessins originaux, croquis, travaux non publiées, photos de famille, objets personnels... et anecdotes racontées par le dessinateur. Il s’ouvre par un magnifique hommage rendu par Riad Sattouf à Hergé : « J’ai tout compris, dit-il, quand j’ai réalisé que derrière les traits de Tintin se cachait la main d’Hergé ! Quand j’ai vu son visage pour la première fois, j’ai trouvé incroyable qu’un être humain soit capable de créer un tel univers, de dessiner d’aussi longues aventures avec autant de personnages et de péripéties. J’ai eu immédiatement envie de faire la même chose... »

Tintin c’est l’aventure. Aux frontières de l’étrange

Tintin aux frontières de l’étrange, tel est le thème de ce sixième numéro du mook (contraction de book et de magazine) Tintin c’est l’aventure, résultat d’une féconde collaboration entre Géo et Moulinsart.

Ainsi que l’explique Christophe Quillien, auteur du dossier très argumenté au centre de ce numéro, il faut attendre Les 7 Boules de Cristal pour voir le paranormal s’installer dans les aventures de Tintin. Jusque-là Hergé se contentait d’un « paranormal de pacotille » : Tintin déguisé en fantôme dans les Soviets, sorcier charlatan dans le Congo, corde se dressant sous les ordres d’un fakir dans Les Cigares...

Dans Les 7 Boules de Cristal, le paranormal, c’est du sérieux ! Visions inquiétantes de Madame Yamilah, ricanements de la momie Rascar-Capac, savants en proie à d’inexplicables tortures... ont terrorisé des générations de jeunes lecteurs.

Cette revue, qui est aussi un bel objet, dévoile la première Boule de Cristal. Dessinée par Hergé en 1938 pour la confiserie Antoine de Bruxelles, cette « aventure magique » est racontée en images mais sans bulles -le texte figurant sous la case. Les jeunes Antoine et Antoinette découvrent dans un coffret oublié dans le grenier de leurs parents une boule de cristal qui va les transporter « dans les airs du Pays Enchanté ».

Parmi les entretiens proposés, à noter celui avec Eric Orsenna dans lequel l’académicien et grand voyageur parle avec passion de la dette contractée par lui auprès de Hergé à la lecture des aventures de Tintin : « L’oeuvre d’Hergé a agi sur moi comme un déclic : dès l’âge de huit ou neuf ans, je me suis mis à écrire mes propres histoires en me disant qu’un jour, moi aussi je serais Tintin... il m’a fait comprendre que la France ne serait pas suffisamment grande pour satisfaire ma soif de découverte. Le planète entière devait être un terrain de jeu ».

Tintin et le trésor de la philosophie Philosophie magazine.

« Aucun héros, sans doute, depuis Ulysse, n’a provoqué autant d’exégèses » souligne très sérieusement un des auteurs de ce numéro hors-série de Philosophie magazine. En tout cas Tintin et ses aventures offrent la matière à un joyeux traité où aborder les grands concepts d’amitié, raison, superstition, courage...
Ce singulier traité est organisé en trois parties.

La première relève de la métaphysique : démêler le vrai du faux n’est pas si simple dans le monde de Tintin. Cependant le jeune reporter recherche sans relâche la vérité. Ainsi, pour Raphaël Enthoven, Les Bijoux de la Castafiore sont « un antidote au complotisme ».

La deuxième partie s’intéresse à l’éthique ou comment lire les aventures de Tintin tel un petit traité des vertus. Courage, fidélité, prudence animent le comportement du reporter qui, placé face à des dilemmes moraux parfois d’apparence insoluble, réconcilie, ainsi que le démontre Martin Legros, l’éthique des vertus d’Aristote et la morale du devoir de Kant.

La troisième partie concerne la politique.
Au fil de ses voyages, du pays des soviets à la Syldavie, Tintin est confronté aux dérives du pouvoir politique. Il est témoin, malgré lui, des questions majeures qui tiraillent notre époque.
A propos de Tintin au Congo, Michel Serres, dans un texte inédit, estime que cet album « dessine un trajet que tout le siècle suivit » jusqu’à l’acceptation de l’autre, du Chinois Tchang à l’Indien Zorrino. De son côté Felwine Sarr, auteur d’Afrotopia, explique comment décoloniser Tintin au Congo.

Mais, ainsi que l’illustre la couverture de ce hors-série, le trésor que l’on cherche, quelques fois jusqu’au bout du monde, ne se trouve-t-il pas sous nos yeux, dans la crypte du château de Moulinsart ?

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