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Créateur du salon international de la BD de Roumanie...

Dodo Nita a appris le français dans Pif-Gadget et Tintin

mercredi 8 août 2007, par Henri Gillet

- Ce n’est pas toujours dans les bandes dessinées que l’on trouve les personnages les plus étonnants.
- Dodo Nita en est un exemple vivant.

Enfant, Dodo Nita a appris le français en déchiffrant semaine après semaine son « Pif-Gadget » qui lui arrivait d’au-delà du Rideau de fer. Un peu plus grand, il l’a perfectionné en parlant d’Astérix et Tintin avec des ingénieurs envoyés par Citroën pour installer dans sa ville de Craiova les chaînes de montage de l’usine Olcit, produisant ces épouvantables caricatures des Visas : la BD était le seul sujet de conversation qui pouvait échapper à la vigilance de la Securitate.

Le jeune homme, devenu étudiant à la Faculté de Sciences économiques de Craiova et aujourd’hui, à 39 ans, toujours fidèle à sa ville où il est chef-comptable à la SNCF roumaine, s’était ainsi transformé en spécialiste de la bande dessinée mais aussi en grand francophone.

La « Révolution » décupla son énergie et sa soif d’en savoir plus. Dodo -prénom légué par sa mère qui avait été subjuguée par un personnage de théâtre le portant- fouilla, chercha et découvrit que la BD roumaine avait eu aussi son âge d’or, dans les années trente.

Francophile

Chez les antiquaires, il retrouva l’essentiel des BD publiées dans son pays, près de 80 albums sur une centaine, ce qui fait qu’il possède la bibliothèque la plus riche de Roumanie dans ce domaine.

Dès 1991, il décida donc de lui redonner vie en créant le premier salon de la BD roumaine, dont il est toujours le directeur, comme il est président des bédéphiles roumains. La manifestation attire bon an-mal an 5000 passionnés, dans un pays où le genre est loin d’être considéré comme majeur.

Pour réussir son pari, Dodo avait une carte en main : sa francophilie qui l’a fait devenir secrétaire et trésorier de l’Alliance Française de Craiova et lui a assuré l’appui de la mouvance francophone, ambassade comprise.

Celle-ci n’a pas eu à s’en plaindre : la jeune génération de dessinateurs roumains et des caricaturistes, souvent issus des concours organisés par le salon, est aujourd’hui imbibée de l’esprit de la BD franco-belge.

Sur les traces de Tintin

Dodo avait une autre idée en tête. A force de tourner et retourner les pages du « Sceptre d’Ottokar » et de « L’affaire Tournesol », une évidence s’imposait : Tintin était bien venu en Roumanie. Il travailla d’arrache-pied pour retrouver des preuves de son passage, en fit une brochure-plaidoirie et une remarquable exposition qui a déjà circulé dans plusieurs villes européennes.

Devenu « tintinologue », reconnu et apprécié par les experts bruxellois, le Craiovean, dont la réputation dépassait désormais les frontières de son pays, fut convié à participer aux plus grands salons de la BD européenne : Angoulême, Charleroi, Luxembourg, Turin, Grenoble, Lisbonne...

Sur place, sa paie de cheminot ne lui permet pas d’acheter les ouvrages dont il rêve. Qu’importe ! Devenus ses amis, les plus grands dessinateurs lui remettent un dessin original qui lui est spécialement destiné. A faire pâlir de jalousie le plus riche des collectionneurs...

La soif de Dodo de tout connaître sur l’histoire de la BD et de la Roumanie est inextinguible. Il a ainsi découvert que Pellos, en 1976, avait fait venir les Pieds Nickelés à Bucarest, à l’occasion d’un match de rugby.

Le trio infernal s’était perdu... pour se retrouver dans le château de Dracula où, les poches vides, il se déguisait en vampires pour se faire de l’argent en faisant peur aux touristes.

San Antonio et Jules Verne

Dans le sens inverse, il prépare un dictionnaire des personnages roumains dans la BD française, où ceux-ci ont fait leur apparition dès 1942, pour culminer avec l’album « La Fille aux ibis », de Lax et Giroud (Editions Dupuis) dont l’action se déroule pendant la « Révolution » de décembre 1989.

Dodo Nita s’intéresse aussi au roman policier. Il a préfacé un roman de San-Antonio ; Frédéric Dard, bien que n’ayant jamais mis les pieds en Roumanie, est un auteur très apprécié des jeunes, l’argot de 80 de ses livres ayant été adapté en roumain. Simenon et Boileau-Narcejac sont également traduits. Gérard de Villiers a campé une action de SAS en Roumanie. Mais son écrivain fétiche demeure Jules Verne, dont il possède la collection complète des œuvres et au sujet duquel, il a réalisé une exposition concernant ses personnages repris dans la bande dessinée européenne.

Pas étonnant que ce grand francophile soit devenu en mai 2000, à l’âge de 36 ans, l’un des plus jeunes chevaliers dans l’ordre des Palmes académiques, sur décision de Jack Lang, alors ministre de l’Education nationale. Et en 2006 Dodo Nita a été fait Chevalier de l`Ordre de Leopold II (Belgique).


Article publié dans le n° 21 des Nouvelles de Roumanie (janvier 2004) et actualisé.

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