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Hergé et le monde végétal

Flores et paysages dans les aventures de Tintin

Conférence d’Yves-Marie Allain

samedi 27 octobre 2018, par Yves Horeau

Lors de sa conférence Yves-Marie Allain, ancien directeur du Jardin des Plantes de Paris, a fait le tour des flores et des paysages représentés dans les différentes aventures de Tintin avant de promener son regard averti dans le parc du chateau de Moulinsart.

Dans les pays tempérés

Dans LÎle noire, la propriété du docteur Müller est un parc arboré avec un grand nombre d’arbustes de genres et d’espèces diversifiés. Toutefois la précision s’arrête là, sauf peut-être pour le conifère déplumé (23D2) qui suggère un épicéa en mauvaise condition.
Quant aux fleurs de la plate-bande cernant la maison du chef des pompiers en 21A, elles représentent cette diversité de variétés et de couleurs d’un jardin fleuri, mais sans qu’il soit possible de les dénommer.

Dans Sceptre d’Ottokar, (25BC), les arbres sont des peupliers fastigiés qui peuvent être rapprochés du Populus nigra. La route de Klow traverse une forêt épaisse (26C3). Le dessin des rameaux avec leurs aiguilles donne l’impression que les arbres sont des cèdres plutôt que des sapins.

Sur le continent nord-américain, il n’est pas aisé de se situer entre les forêts de sapins de zones montagneuses (couverture d’Amérique) et la prairie avec sa couverture herbeuse sans parler des cactus (Amérique p. 17- 35). La cohérence végétale est plus difficile à trouver.

En Chine, dans Lotus bleu, ce sont les paysages de montagnes avec des escaliers qui n’en finissent pas qui déterminent le lieu et non les végétaux suggérés, des conifères, qui n’ont pas le port en plateau caractéristique de ces régions.

Dans les pays froids d’altitude

Etoile mystérieuse : La croissance accélérée (parfaitement irréaliste) du pommier de l’aérolithe déforme complètement la silhouette habituelle des arbres de ce genre (52D3, 57B1).

Tibet : Sans que l’on puisse donner un nom précis aux plantes représentées (à l’exception de la fougère en 22B1), l’ambiance ressentie est celle que l’on peut trouver dans les forêts d’altitude dans un climat froid.
La seule vignette dont le texte et le dessin s’accordent parfaitement est celle du boisement de rhododendrons (p. 22), mais le paysage (p.16) n’évoque guère ceux des contreforts de l’Himalaya. La végétation est plutôt celle de l’Inde.

Dans les pays tropicaux

 Pour caractériser les forêts tropicales ou subtropicales, Hergé va utiliser, non des espèces précises, mais des archétypes faisant appel à l’imaginaire collectif et symbolisant la luxuriance et l’exubérance des végétations tropicales.

Parmi ces archétypes de l’exotisme végétal, les grandes feuilles de plusieurs mètres, ressemblant à celles des bananiers. Certaines feuilles très découpées évoquent soit des fougères soit des palmiers nains, soit des yuccas mais toujours un exotisme certain de régions tropicales ou équatoriales, sans préjuger des continents d’origine concernés.

Elles sont souvent associées au palmier, comme dans Oreille (32 BCD, 45C3), Picaros (36B2) ou Cigares (33BC, 43D1, 51A-D2, Vol (22A2, 29C1). Dans les climats tropicaux chauds et secs, le palmier, souvent le palmier-dattier est seul comme dans Cigares (25B1), Or (24), Coke (25C2, 26A2).

Cette omniprésence de palmier, ou plus exactement de représentant des Arécacées se comprend car cette famille possède plus de deux mille cinq cents espèces réparties dans les climats équatoriaux et tropicaux de la planète. Avec Hergé, les suggestions de genre sont données par le dessin laissé sur le stipe (faux tronc) par les feuilles une fois tombées mais aucun élément ne fournit une autre précision.

Au niveau de la végétation au sol, les plantes représentées ont comme caractéristiques principales de posséder des feuilles en rosette, dressées, rigides, semi-succulentes, engainantes. Elles font penser à des yuccas, Nidularium, cordyline, Rhoeo, Ravenala, etc. : Oreille (32 D, 47D1), Cigares (42C2). Dans L’Or noir, on peut avoir des doutes sur l’existence des plates-bandes fleuries du jardin de l’émir et surtout sur les fleurs, (Begonia hiemalis ?) de 43D4.

Congo et Amérique du Sud

Dans Congo, on trouve déjà les prémices des végétaux symboliques avec des troncs de palmiers (14C2, 15D) et ces plantes avec des feuilles semi-rigides qui pourraient laisser penser, parfois, à des Sansevieria (14D4,15D)

Toutefois, la végétation, comme le reste, est simpliste et plus proche de la campagne belge que de l’Afrique. Les prétendus arbres à caoutchouc ne correspondent ni à une formation naturelle ni à une plantation artificielle d’hévéas ! De plus, les arbres de savane ont un autre port et très rarement des troncs aussi élancés.

L’arbre au premier plan le long du fleuve en 35C,D, ressemble plus à un saule plus ou moins traité en têtard qu’à un arbre de région tropicale chaude. Les noix de coco (15A3, B1), lors de leur chute, sont en réalité vertes et lisses. Elles sont dessinées telles qu’on les rencontre sur les marchés européens.

Oreille cassée. Sur la couverture de l’album, les bordures boisées du fleuve avec la diversité des feuillages et la hampe florale colorée (plante non déterminable mais vraisemblable (Heliconia ?) qui apparaît en lisière donne bien l’atmosphère souhaitée.

En revanche, la fleur transpercée par la flèche de Ridgewell (49A3) est impossible au sein d’une forêt équatoriale. A contrario, l’enfer vert est adroitement suggéré par l’aplat de couleur verte p. 52 et 54.

Le régime de bananes de 32C, en dehors du fait qu’il est impossible de le détacher avec un poignard à plus forte raison si celui-ci est lancé, tombe à l’envers car les bananes sont "remontantes" sur leur tige d’accroche et non "retombantes" comme dessiné. Le paysage de plateaux cultivés avec des herbages pour les troupeaux et au loin les habitations est plus réaliste.

Vol 714. Le paysage de bord de mer des îles sous les latitudes tropicales est réussi. On remarque des bambous (30A1, C2) des lianes p. 36 et des troncs d’arbre en patte d’éléphant, plus ou moins creux en 29A. L’ensemble est plus précis et plus soigné.

Picaros. La couverture évoque bien l’atmosphère de lisière de forêt équatoriale humide, toujours avec le même jeu de feuillages des plantes de régions chaudes et humides.

Il n’est nullement besoin d’être précis et de se plier aux détails de la représentation des plantes pour suggérer des ambiances et suggérer des lieux. Hergé, avec une précision botanique très limitée, a su transcrire les divers paysages dans lesquels ses héros évoluent.

Il faut également insister sur le fait que l’habitat ou l’architecture et les costumes traditionnels ou locaux sont toujours présents, indiquant en cela que les paysages représentés sont également des créations de l’homme.


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