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TEMOIGNAGES

Quand Michel Daubert rencontrait Hergé

Et ses premières armes dans Le Chardon

lundi 30 décembre 2019, par Jean-Claude Chemin

Plusieurs témoignages nous sont parvenus en souvenir de Michel Daubert. Erwan Tancé* a ainsi ressorti l’interview que Michel avait faite de Hergé et parue dans le Figaro en mars 1971.

Tandis que deux des condisciples de Michel au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc révèlent des débuts prometteurs dans le journalisme et un talent affirmé de caricaturiste, exprimés dans les feuilles ronéotées du Chardon, le journal caustique fabriqué par les collégiens.

1971 : sous le titre La bande dessinée, un art d’aujourd’hui, Michel Daubert et son confrère Pierre Lebedel se retrouvent pour livrer une enquête dans les pages littéraires du Figaro du 12 mars (cf. illustration).

Car le duo a déjà travaillé sur le sujet l’été précédent, hissant alors à la une du très sérieux quotidien l’annonce d’un copieux article sur “le petit monde de la bande dessinée”, article dans lequel ils soulignent alors le fait que “avec des millions d’exemplaires l’école franco-belge supplante les Américains”.

D’une certaine façon, dans l’article du 12 mars 1971, Michel Daubert et Pierre Lebedel font figure de précurseurs dans le reconnaissance de la bande dessinée comme un art majeur. L’article réunit les points de vue des “maîtres à penser” (Hergé, Gillain, Mézières, Giraud) et de ceux présentés comme L’Ecole de Paris (Gotlib, Tardi). Ils se sont répartis les interviews. C’est à Michel Daubert qu’il est revenu de rencontrer Hergé.

Un moyen d’expression à part entière

L’album Vol 714 pour Sydney est paru en 1968 et Hergé travaille alors à la 23e aventure de Tintin. Michel rapporte les propos du maître : “Je ne me bats plus au niveau de la technique, mais au niveau de la narration. J’ai maîtrisé mon “vocabulaire”, ce qui me permet d‘aller plus loin dans le fond.”

Hergé dit son admiration pour ses collègues plus jeunes : “L’audace de cette nouvelle école me ravit. Je les admire très fort. Surtout Giraud ! Ce qu’il fait est vivant, costaud, nourri... Merveilleux ! (Je me précipite sur ses histoires). Gotlib aussi. Et Fred ! Un vrai poète, et qui sait bien raconter...”

Et il poursuit, dorénavant conscient du statut acquis par la bande dessinée : “L’art figuratif s’est réfugié dans la bande dessinée. On commence à s’apercevoir que c’est un moyen d’expression à part entière. Après avoir moi-même considéré qu’il ne s’agissait que d’un genre mineur, je me suis rendu compte il n’y a pas très longtemps en fréquentant des artistes, des peintres, que la démarche créatrice, qu’elle soit d’un peintre ou d’un dessinateur de bandes, est absolument la même. C’est la qualité singulière du créateur qui détermine tout.”

Les Picaros

Michel Daubert conclut ainsi son article : “Pour l’heure, Hergé travaille à la vingt-troisième aventure de Tintin. Le cadre : un pays d’Amérique du sud ; le thème : inspiré par l’affaire Debray ; un personnage qui revient après un longue absence : le général Alcazar. Mais, patience, il n’en a réalisé qu’une dizaine de pages sur soixante-deux. De l’ouvrage pour près de deux ans.”

En fait, les lecteurs devront attendre un peu plus longtemps pour découvrir Tintin et les Picaros puisque la première planche de cette nouvelle aventure paraîtra le 16 septembre 1975 simultanément -et pour la première fois- dans l’hebdomadaire Tintin belge et le Nouveau Tintin français.

L’aventure sort en album le 2 avril 1976 avec un tirage pour la première édition fixé à un million deux cents mille exemplaires. Pierre Lebedel salue alors Tintin et les Picaros comme “un grand livre d’un Grand Monsieur”.

Le Chardon : qui s’y frotte s’y pique


Deux des condisciples de Michel Daubert au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc, Yves Hamet, membre fidèle des 7 Soleils, et Loïc Barbedette, livrent un témoignage qui met en évidence chez le jeune Michel des dispositions pour le métier de journaliste et un talent certain de caricaturiste.

Ce collège privé religieux a alors la grande particularité de pousser les études jusqu’à la classe de Préparation Navale. Eric Tabarly et Thomas Coville, voileux célèbres, sont passés par Saint-Charles, et aussi Jean Lou Chrétien...

Michel faisait partie du groupe d’élèves qui, réunis par “un esprit résolu d’insoumission” se souvient Loïc Barbedette, éditait Le Chardon. La devise du journal : “Qui s’y frotte s’y pique !” est bien connue des tintinophiles pour être aussi celle du royaume de Syldavie :“Eih bennek, eih blavek !”.

Caricatures

Michel Daubert donnait au Chardon des critiques musicales, notamment sur Ray Charles (Le Chardon n° 8, décembre 1962) et les Chaussettes noires, qu’il avait vus et entendus.

Et, souligne Loïc Barbedette, “il participait par ses caricatures, que nous avons plusieurs fois utilisées dans des canulars nocturnes qui nous ont valu des enquête policières, et je n’ai jamais compris que les fins limiers (sans doute des doubles briochins des Dupont.d) lancés à nos trousses par ceux qui nous ridiculisions sans ménagement n’aient pas pu nous démasquer à partir des dessins pourtant bien caractéristiques (et repérables dans nos publications non clandestines) de Michel”.

Michel Daubert signait ses caricatures d’un cartouche japonisant comme le montre ce dessin tiré d’un numéro du Chardon et illustrant avec efficacité la situation géopolitique de l’époque.


* Co-fondateur de l’Association des journalistes critiques de BD (ACBD), Erwann Tancé est l’auteur notamment de "Marten Toonder, l’enchanteur au quotidien" (édition La Nouvelle République) et du "Grand Vingtième" (l’histoire du festival d’Angoulême, édition SPQR)....

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